Le traitement contre le varroa se fait en deux temps : un traitement de fin d’été, juste après la dernière récolte, pour protéger les abeilles d’hiver, puis un traitement d’hiver, quand la colonie n’a plus de couvain, pour éliminer les varroas restants. Entre les deux, on compte les varroas pour vérifier que le premier traitement a fonctionné. Une colonie qui entre en hiver avec trop de varroas s’effondre souvent entre janvier et mars, alors qu’elle paraissait forte à l’automne.
Ce guide donne le calendrier, les méthodes de comptage et les familles de traitements, avec les règles à respecter. Pour le matériel, tout est regroupé dans le rayon traitement des colonies.
Pourquoi le varroa tue les colonies en hiver
Le varroa (Varroa destructor) est un acarien parasite de l’abeille. La femelle se reproduit dans les cellules de couvain operculé, avec une préférence pour le couvain de mâles, et se nourrit des réserves de graisse des larves et des adultes. Elle transmet aussi des virus, dont celui des ailes déformées. La maladie qu’il provoque s’appelle la varroose.
Pendant la saison, la population de varroas peut doubler en un mois environ. Elle atteint son maximum à la fin de l’été, au moment où la colonie élève ses abeilles d’hiver. Ces abeilles doivent vivre quatre à six mois, contre quelques semaines pour une abeille d’été. Si elles naissent parasitées, affaiblies et porteuses de virus, elles meurent trop tôt et la grappe ne tient pas jusqu’au printemps.
C’est ce qui explique les pertes de fin d’hiver : le mal est fait en août et septembre, mais il ne se voit qu’en février.
Calendrier du traitement varroa, de l’été à l’hiver
| Période | État de la colonie | Action | Objectif |
|---|---|---|---|
| Juillet | Miellée, beaucoup de couvain | Premier comptage | Savoir si la colonie tiendra jusqu’à la récolte |
| Août, dès la dernière récolte | Hausses retirées, élevage des abeilles d’hiver | Traitement de fin d’été | Protéger les abeilles d’hiver pendant leur naissance |
| Septembre et octobre | Fin du traitement, nourrissement | Comptage de contrôle | Vérifier que le traitement a fonctionné |
| Décembre ou début janvier | Grappe formée, pas ou peu de couvain | Traitement d’hiver | Éliminer les varroas restants avant la reprise de ponte |
| Mars | Reprise de la ponte | Comptage de printemps | Repérer les colonies à surveiller en saison |
Ce calendrier vaut pour un climat comme celui du Sud-Ouest. En montagne ou dans le nord, la dernière récolte et l’arrêt de ponte arrivent plus tôt. Le repère n’est pas la date, c’est l’état de la colonie : on traite en fin d’été dès que les hausses sont retirées, et en hiver dès que le couvain a disparu.
Compter les varroas avant et après le traitement
Traiter sans compter revient à traiter à l’aveugle. Le comptage dit si la colonie est en danger, puis si le traitement a fonctionné. Il existe deux méthodes, complémentaires.
Le comptage sur abeilles adultes
On prélève un échantillon d’abeilles sur un cadre de couvain, en prenant soin d’écarter la reine, et on détache les varroas au sucre glace ou au CO2. Le résultat se lit en quelques minutes et s’exprime en varroas pour 100 abeilles. Un repère souvent cité : au-delà de 3 varroas pour 100 abeilles en fin d’été, la colonie est en danger et le traitement ne peut pas attendre.
Le testeur de varroa Easy Check fonctionne au sucre glace : les abeilles repartent vivantes dans la ruche. Le testeur de varroa Swienty utilise le CO2 pour endormir environ 200 abeilles le temps du comptage.
Le comptage des chutes sur lange
Un lange de comptage glissé sous un plancher grillagé recueille les varroas qui tombent. On compte les chutes sur plusieurs jours et on en fait la moyenne par jour. Ce comptage sert surtout pendant et après le traitement : une chute importante qui se poursuit après la fin du traitement signale que l’infestation reste forte. Il faut alors un traitement complémentaire.
Traitement de fin d’été : protéger les abeilles d’hiver
C’est le traitement le plus important de l’année. Il doit commencer juste après la dernière récolte, hausses retirées, pour qu’aucun résidu n’atteigne le miel. Chaque semaine de retard laisse naître des abeilles d’hiver parasitées.
À cette saison la colonie a encore beaucoup de couvain, et la majorité des varroas se cachent dans les cellules operculées. Il faut donc un traitement qui agit dans la durée, sur plusieurs cycles de couvain, ou qui traverse les opercules :
- Les lanières : laissées plusieurs semaines entre les cadres de couvain, elles agissent au contact des abeilles à mesure que les varroas sortent des cellules.
- Les traitements à base d’acide formique : l’acide formique agit par évaporation et atteint aussi les varroas sous les opercules. Son efficacité dépend beaucoup de la température extérieure. Trop froid, il ne s’évapore pas assez ; trop chaud, il met en danger la reine et le couvain. La fenêtre de température est indiquée sur la notice du médicament.
- Les traitements à base de thymol : également par évaporation, sur plusieurs semaines, et eux aussi dépendants de la température. Ils sont admis en apiculture biologique.
Pendant le traitement, la colonie doit rester forte et nourrie. Si les réserves sont justes, le sirop d’automne se donne en parallèle, dans des nourrisseurs adaptés. Une colonie trop faible pour passer l’hiver seule gagne à être réunie avec une autre une fois traitée.
Traitement d’hiver : profiter de l’absence de couvain
En décembre ou au début de janvier, la reine arrête ou réduit fortement sa ponte. Il n’y a plus de couvain operculé où les varroas peuvent se cacher : ils sont tous sur les abeilles. C’est le seul moment de l’année où un traitement de contact peut en éliminer la quasi-totalité.
Les traitements d’hiver reposent le plus souvent sur l’acide oxalique, appliqué par dégouttement entre les cadres ou par sublimation, selon le médicament. Trois règles s’appliquent :
- Vérifier l’absence de couvain sur une ruche témoin avant de traiter tout le rucher. Avec du couvain operculé, l’efficacité chute nettement.
- Choisir une journée calme et douce : la ruche est ouverte peu de temps, et la grappe ne doit pas se refroidir.
- Ne pas répéter l’application au-delà de ce que prévoit la notice : l’acide oxalique est éprouvant pour les abeilles, et plusieurs dégouttements dans le même hiver affaiblissent la colonie.
Ce traitement d’hiver complète celui de fin d’été, il ne le remplace pas. Les deux ensemble forment ce qu’on appelle souvent une bithérapie : un traitement long quand il y a du couvain, un traitement de contact quand il n’y en a plus.
Les règles à respecter pour traiter ses ruches
- Utiliser un médicament autorisé : en France, le traitement des abeilles contre le varroa se fait avec des médicaments vétérinaires disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), en respectant la dose et la durée de leur notice.
- Noter chaque traitement dans le registre d’élevage : produit, numéro de lot, dates de pose et de retrait, ruches concernées.
- Traiter toutes les colonies du rucher en même temps, sinon les ruches non traitées recontaminent les autres par la dérive et le pillage. Se coordonner avec les apiculteurs voisins est un vrai plus.
- Alterner les molécules d’une année sur l’autre : le varroa développe des résistances aux traitements utilisés trop longtemps.
- Se protéger : les acides sont corrosifs pour la peau, les yeux et les voies respiratoires. Des gants résistants aux produits chimiques et des lunettes sont indispensables, et un masque adapté pour la sublimation.
Les erreurs qui font perdre des colonies
- Traiter trop tard : un traitement posé fin septembre arrive après la naissance d’une bonne partie des abeilles d’hiver.
- Laisser les lanières trop longtemps : au-delà de la durée prévue, la dose diminue et favorise les varroas résistants.
- Ne pas contrôler après le traitement : un traitement peut échouer, par exemple à cause d’une température défavorable ou d’une résistance. Seul le comptage permet de le savoir.
- Faire le traitement d’hiver avec du couvain : les varroas cachés dans les cellules y échappent, et l’hiver reste à risque.
Une fois le traitement fait, la préparation à l’hiver continue : réserves, entrées de ruche réduites contre le pillage et les frelons, isolation. Notre guide pour préparer ses ruches à l’hivernage reprend toutes ces étapes.